Quand une idée d’histoire germe dans ma tête, des personnages apparaissent, des conflits surgissent, des secrets rampent sous la page.
Et puis très vite, un lieu se dessine. L’odeur entêtante d’un champ après la pluie, le silence d’une rivière gelée, une lumière qui se brise sur le flanc d’une montagne, un bout de trottoir, une maison qui craque, grince et gémit, le froid mordant d’un hiver qui isole, pousse au repli ou à l’affrontement…
Le lieu agit comme une chambre d’écho. Il transmet aux vivants ce que les générations passées n’ont pas su dire à voix haute.
Car sous l’herbe neuve, il y a aussi les traces des drames, des joies, la rumeur d’une faute oubliée, le stigmate d’une honte, un silence jamais rompu ou une dette impossible à rembourser. Autant de blessures invisibles et tenaces qui ont circulé et se sont ancrées dans la terre avant de se déposer dans les êtres.
C’est au moment où je capte ce souffle presque organique entre l’environnement et l’humain que je sais que j’écrirai cette histoire et qu’elle se déroulera ici et nulle part ailleurs. Parce qu’ailleurs, elle ne serait pas la même.
Mes livres sont publiés aux Éditions Terres de l’Ouest, une maison régionaliste.
Écrire régionaliste, c’est accepter que la terre parle autant que les personnages. C’est montrer comment elle nourrit les hommes au-delà de ses ressources naturelles, dans sa façon de revendiquer sa place dans leur mémoire.
Andrée A. Michaud fait vibrer dans ses forêts les mystères et les fantômes du passé. Chez Jean Giono, la nature est violente et indomptable, elle porte en elle le poids des luttes et des amours disparues.
Loin d’être une littérature restreinte à un lieu, le régionalisme donne chair à un espace précis et ce faisant, parle à la mémoire intime de chacun de nous.
Et c’est peut-être là que la littérature rejoint la vie.
Car nous portons tous en nous un paysage intime, un endroit qui porte la trace de nos ancêtres. Qui n’a pas dans sa tête une route familière, un arbre qui veille, une maison dont le parfum traverse notre mémoire ?
J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi moi, la fille sans racines, ballottée de l’Afrique à l’Europe de l’Est en passant par le Maghreb, je puisais mon inspiration dans les forêts, les océans, les quartiers…
En racontant ces paysages, je ne cherche pas seulement à situer une intrigue, je cherche à révéler la part invisible qui nous relie. La trajectoire par laquelle nous accédons à un fragment de notre vérité.
Dans cette idée que nous ne marchons jamais seuls, il y a une dimension presque spirituelle.
Mais qui a dit qu’écrire était un acte rationnel ?
Pour moi, écrire, c’est tendre l’oreille aux voix silencieuses, humaines ou autres. C’est donner à chacune la place qu’elle mérite dans notre récit commun, dans le respect de ceux qui nous ont précédés et pour ceux qui viennent après nous.
Certaines descriptions ont ce pouvoir de dégager une atmosphère si saisissante qu’on a l’impression d’y marcher, d’y respirer, d’y vivre.
Bonne écriture
