Acanthamoeba

Ma prochaine héroïne, Emma, a perdu brutalement la vue à la suite d'une infection bactérienne...

Coolisses
2 min ⋅ 03/10/2025

On s’est tous posé au moins une fois ces questions stupides sur des choix impossibles. Tu préférerais perdre un bras ou une jambe ? Ton père ou ta mère ? On fantasme avec ses peurs, bien au chaud dans son corps intact.

Jusqu’au jour où quelque chose survient. Quelque chose de plus puissant que tout ce que vous auriez pu imaginer, qui vous dépasse, vous submerge.

Acanthamoeba.

Une bactérie microscopique vivant dans l’eau. Invisible, insignifiante, inoffensive. Sauf si elle sent son territoire menacé. Car alors la furie se déchaîne et vous ravage les yeux en quelques bouchées. Dans mon cas, il a suffi d’une lentille mal rincée, remise à la va-vite, encore humide, parce que j’étais pressée.

Acanthamoeba.

Le nom maudit claque dans ma tête comme une incantation païenne. Moi je l’appelle la Bestiole. Le souvenir de ce qu’elle m’a fait subir est marqué dans ma mémoire et ma chair.

À cause d’elle, j’ai dû me terrer dans une chambre obscure pendant des semaines. Volets et rideaux tirés, lunettes spéciales portées en permanence pour éviter tout rai de lumière.

À chaque heure du jour et de la nuit, m’appliquer moi-même le collyre dans mon œil raclé par l’ophtalmo. La brûlure sur le globe à vif, aussi intense qu’un jet d’acide.

Le diagnostic n’a pas été moins cruel : « Kératite amibienne sévère. Cornée endommagée au-delà du réparable. Lésion irréversible et dégénérative ». En clair, aucun espoir du guérir et risque de perdre à tout moment les deux dixièmes qui me restent et me séparent du statut d’aveugle.

« Quelle chance » a dit Gaétane.

Gaétane, ma poto depuis toujours. C’est vers elle, l’éternelle optimiste, que je me suis tournée quand la Bestiole m’a attaquée. Je ne la remercierai jamais assez d’avoir pris soin de moi pendant toute cette période pourrie. Et je l’adore, mais elle appartient à cette catégorie de personnes résolument optimistes qui croient que les épreuves vous élèvent.

Moi, à l’époque, j’aurais échangé n’importe quel bout de chair ou d’os contre des yeux qui voient. J’avais trente ans, putain ! Je venais juste de monter une pièce qui avait été remarquée. Je voulais en écrire d’autres qui feraient réfléchir les gens. Et sillonner l’Europe en vélo-train… Saloperie de Bestiole !

Je bois la dernière gorgée de vin et repose mon verre sur la table bistrot. Il claque contre le marbre. Fin de cette minute non nécessaire d’auto-apitoiement. J’inspire une grande gorgée d’air et croise mentalement les doigts.

Je lutte pour rester optimiste mais en réalité, je suis morte de trouille.

De l’extérieur, je bouge et j’agis, je bois du vin. À l’intérieur, je suis en apnée. Toute mon énergie focalisée sur une unique prière. Ne pas devenir complètement aveugle. S’il-vous plaît.

Coolisses

Par Valérie Terrien

Bonjour et bienvenue.

Faisons connaissance

Je m’appelle Valérie Terrien.
Je lis, je vis, j’écris.

Une enfance en Centrafrique, une adolescence en Allemagne.     
Pendant ces années à l’étranger, j’ai écrit des petits bouts de mots comme on jette des cailloux, pour qu’ils ricochent, qu’il roulent et ne soient pas enterrés sous la mousse.

J’écris parce qu’il y a des combats qui méritent d’être menés. J’écris pour ces bras qui renoncent, ces cœurs qui s’enfoncent dans un monde en décomposition, pertes humaines et pertes de repères.

J’écris aussi pour ces mains tendues auxquelles s’accroche l’espoir. J’ai envie de transmettre des récits où il est possible de surmonter des obstacles qui paraissent infranchissables.

En résumé, je suis une rêveuse révoltée. À moins que ce ne soit l’inverse…

De mon enfance en Centrafrique et de mon engagement auprès de populations vulnérables, je porte en moi cette question : comment apaiser un passé encore à vif quand l’exploitation continue aujourd’hui ?

Mes deux premiers romans, publiés sous le pseudonyme d’Élisa Tixen aux éditions Terres de l’Ouest, explorent les blessures transgénérationnelles et les secrets de famille.
Aujourd’hui, j’ai envie d’aller plus loin. D’interroger le poids de ces héritages sur nos colères, nos fractures, nos solidarités.

Je veux écrire des romans à suspense sur fonds de réalisme social. Mettre en scène des femmes cabossées qui sont plus fortes qu’elles ne le croient. Les placer devant des choix qui les poussent à extirper les ressources enfouies dans leurs tripes pour affronter leur goliath personnel.

Entre enquête et quête d’identité ou de sens, mon univers est à la fois sombre par les sujets réalistes qu’il aborde, et tendre et lumineux car porteur d’espoir.

À votre tour

Qui êtes-vous ? Quelle est la dernière fois où vous avez réfléchi à vos valeurs, vos convictions, vos rêves ?

Pour vous présenter, je vous propose un temps d’introspection ludique, inspiré d’Autoportrait d’Édouard Levé dont voici un extrait :

"Adolescent, je croyais que " La Vie mode d'emploi " m'aiderait à vivre, et " Suicide mode d'emploi " à mourir. J'ai passé trois ans et trois mois à l'étranger. J'oublie ce qui me déplaît. J'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. J’aime regarder dans les impasses. Ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur. Je n'écoute pas vraiment ce qu'on me dit. J'ai parlé à Salvador Dali quand j’avais deux ans. La date de naissance indiquée sur ma carte d'identité est fausse. Je parle à mes objets lorsqu'ils sont tristes. Je n'ai rien contre le réveillon. Quinze ans est le milieu de ma vie, quelle que soit la date de ma mort. Je crois qu'il y a une vie après la vie, mais pas une mort après la mort. Je ne demande jamais si on m'aime. Le plus beau jour de ma vie est peut-être passé."

À vous de jouer maintenant

Si vous préférez, vous pouvez procéder par listes successives et les mêler ensuite. Dans ce cas, pour chaque point inscrit sur vos listes, rédigez une phrase courte, factuelle, commençant par JE :

  • 5 événements majeurs de votre vie, des événements qui vous ont fait changer de trajectoires ou modifier votre vision de la vie.

  • 5 anecdotes rigolotes ou tendres, de celles qui vous font sourire quand vous y repensez.

  • 5 « J’aime, j’aime pas ».

  • 5 choses que personne ne connaît sur vous et que vous n’avez osé avouer à personne (regret, peur, rêve secret…)

Ces 20 phrases en mains, choisissez celles qui vous plaisent. Enlevez celles qui vous hérissent. Ajoutez ce qui vous revient en tête et qui vous semble important de dire.

Au final, vous aurez sous vos yeux un texte composé d’une quinzaine de fragments qui ne diront pas tout de vous, mais qui mettront en lumière vos richesses et la personne singulière que vous êtes.

Bonne écriture
À bientôt,
Valérie Terrien

Si vous souhaitez me découvrir à travers mes livres

Le silence à l’ombre des pins - Thriller psycho généalogique     
Comment se débarrasser des blessures du passé, invisibles et vivaces, qui pèsent sur nos vies malgré nous ?

Amaya, le sanctuaire d’Iraty - Conte initiatique
Comment savoir qui vous êtes quand il vous manque une partie de votre histoire ?